Vendredi 24 août 2007
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D’emblée, que l’auteur me pardonne. J’ai aimé tous ses précédents romans, certains m’ont bouleversée, et je suis bien la première désolée de ne pas avoir été subjuguée par ce
dernier. Ce sont tout simplement des choses qui arrivent… et ça n'engage que moi !
Peut-on aimer un roman dont tous les personnages sont haïssables ?
Vincent, la quarantaine, marié et père de deux fillettes, dirige la chaîne de restaurants les cafés bleus, en
Angleterre, où il vit désormais. Joli revers à son adolescence de loser.
Susan a besoin de faire un break, pas de le quitter non, juste
respirer. Elle l’envoie donc passer une semaine en France, chez ses parents. L’occasion pour Vincent de revoir son frère Jérôme, sa belle-sœur Céline, ses amis de jeunesse, Etienne, Olivier, et
Fanny, son ex…
Vincent est le modèle parfait du mec à baffer : arrogant, imbu de lui-même, prétentieux, vulgaire, mais à force de traiter tous les autres de
beauf, on l’est bien davantage soi-même non ? Jusque là, je n’ai pas trop vu où l’auteur voulait en venir. (Euh plus loin non plus d’ailleurs).
Descendre en flèche la médiocrité de son passé. Jouer les durs pour taire la faiblesse ?
Malgré tout, retrouver Etienne, le meilleur ami, l’ex colocataire pendant 9 ans, celui qui a tant fait jaser. Vincent nie l’homosexualité, sans en avoir
démenti la rumeur, cultive le plaisir du trouble, ambigu. Il dit non mais il en crève d’envie. Pas clair avec son désir. Dix ans après, Etienne est introuvable, les copains sont évasifs et la
belle-sœur qui se débat avec sa stérilité se dévoue : viens Vincent, faut que je te parle. La descente en misère d’Etienne, l’ascension du riche pendant que le pauvre se meurt. Est-on
responsable pour autant de ses amis quand on ne les voit plus ? Alors à défaut d’avoir baisé Etienne, Vincent baise sa belle-sœur. Là encore, c’est trouble, ambigu, ça se veut violent, c’est
seulement pathétique.
p. 198 : « Papa est en haut qui fait du gâteau. Maman est en bas qui fait du chocolat. Le grand frère et sa belle-sœur
sont à la cave et baisent dans les betteraves. » Il a fumé quoi Blondel pour écrire ça ?
Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans ce roman. Peut-être parce que Blondel a voulu jouer à ce qu’il n’est pas, un mauvais garçon ?
La presse nous annonçait un roman différent, plus dérangeant. On y retrouve ses fantômes : le trio amoureux sous une forme ou une autre, l’homosexualité
latente, mais au lieu de les traiter avec finesse et sensibilité comme dans ses précédents romans, il a fait jouer les gros durs à ses personnages : on cherche midi à quatorze heures et on
finit par baiser vulgairement pour étouffer ses démons, au lieu de les affronter. Non, this is not a love song.
Quelques mots de l’auteur : sur le site de Robert
Laffont
Robert Laffont, août 2007, 211 pages, prix : 18 €
Ma note : 3/5
Crédit photo couverture : éd. Robert Laffont
Même si j'ai moins aimé ce roman que les précédent, comme je l'ai dit lundi, j'ai été touché par le parcours de Vincent. Je trouvais que la brutalité de l'écriture convenait bien à ce qu'il était : un homme qui s'est trompé de chemin et qui s'en aperçoit trop tard. Je ne partage pas ton analyse sur la relation qu'il a avec sa Céline. Même si effectivement leur aventure est sans lendemain, ce n'est pas pour moi de "la baise". Oui, c'est maladroit de la part du personnage, mais peut-il seulement revenir en arrière?
Deux lectures donc très différentes... mais n'est-ce pas ce qui fait le charme de la littérature?
L'épisode avec la belle-soeur : je ne fais qu'utiliser le vocabulaire du livre. Revenir en arrière, non, mais assumer. J'ai plutôt ressenti cet épisode comme une vengeance de tous les regrets irrattrapables.
Ne pas y aller avec le dos de la cuillère ? euh..oui ! Mais j'ai toujours été claire sur ma façon d'être et de faire. Si un auteur outragé me demande de retirer l'article, je le ferai. Je l'ai toujours proposé à ceux que j'ai un peu vexés, ils n'ont jamais répondu en ce sens. Ce qui est plutôt à leur honneur ;-))
Et puis je préfère le Blondel à la plume sensible que le Blondel qui s'offre un masque de vilain garçon et ça sonne faux (c'est comme cela que je le perçois après lecture !)
Quant à aimer un livre dont les personnages sont haIssables, oui je suis persuadé que cela est possible. Le roman de Rezvani "Au bonheur des sphères" en est pour moi une illustration parfaite. :-)
Oui, c'est cet ajout de regards qui est contructif et invite les futurs lecteurs à se forger leur propre opinion (donc incite quand même à la lecture !). Finalement, c'est presque plus intéressant quand il y a dissonance, non ?
Laure, merci de ton honnêteté, si on commence à vouloir plaire à tous les auteurs sur tous leurs livres, le principe même du blog perd de son intérêt (c'est un lieu où l'on donne son avis personnel, non ? sans être sponsorisé ni influencé par des tiers !)...
Bref, il ne me restera qu'à me forger mon propre avis sur ce roman, ta critique est intéressante et ne m'empêchera absolument pas de le lire ! ;-)
Pour le début de ton commentaire, et bien merci :-)) Je milite en effet pour cette honnêteté, je ne suis pas là pour faire vendre ou non des livres ! (tant mieux pour les auteurs quand ça y contribue) mais soyons honnêtes, ça n'est pas absolument pas l'objectif d'un blog, du moins du mien :-)
bah, mais ceci dit, bis repetita, ne vous en faites pas - à chacun sa lecture...
bonne journée !
jp
La présence d'un auteur a-t-elle une influence sur un blog ? Vous êtes deux auteurs à intervenir ici régulièrement de façon ouverte et non anonyme (il y en a d'autres, mais qui ne se manifestent pas) (cherchez pas, la seconde est Emmanuelle Eeckhout). ALors bien sûr je pourrais dire, sachant que vous me lisez : le dernier Blondel est génial, super, 5 étoiles. Et après ? J'aurai ménagé votre susceptibilité, mais pas été honnête avec moi-même, et en plus je crois que je ne sais pas mentir. Ceux qui me connaissent le savent bien : mes commentaires de lecture ici partent toujours d'un ressenti affectif .
Faire une critique faux-cul de la plus belle neutralité ? (c'est la réflexion que je me suis faite sur celle du figaro litt. d'hier à propos de votre roman :et alors, on ne sait pas ce qu'elle en pense au final la journaliste, mais peut-être que tout le monde s'en fout de ce qu'elle pense et qu'elle est juste payée pour faire un papier correct qui dise sans trop dire ?). (je me fais des amis, là je le sens!)
Et puis peut-être que j'adorerai votre prochain roman, qui sait ? J'en ai lu 5 à ce jour et adoré 4, c'est pas si mal !
Je n'ai absolument pas vu ce roman de la même façon que toi (je pense mettre mon avis en ligne ce WE), mais j'ai trouvé ton opinion intéressante dans le sens où je n'avais pas vu les personnages et leurs actes sous cette facette.
L'homosexualité entre Vincent et Etienne ne m'est pas venue à l'esprit du tout. J'ai pensé que Vincent veut offrir un bébé à son frère et sa femme pour compenser son remords. Une offrande pour racheter un pêché...
Et puis c'est pas la fin du monde, si Philippe passait par là, il noterait que j'ai mis un 3/5, on m'a vu mettre des 0 ou des 0,5 donc je n'ai jamais dit non plus que ce roman était mauvais. Je n'aime pas l'histoire, c'est tout !
allez, c'est plus que la moyenne, vous aurez même pas besoin d'être repêché au rattrapage. :-))
et puis là le stress est au maximum parce que le roman vient de sortir, dans 3 semaines ou 3 mois, vous aurez oublié mon article. dans 3 jours même, parce que j'en connais une autre qui l'a aimé et qui va le dire bientôt !
Je me suis permise de parler de l'"objectif", parce que tu avais parlé de "l'acte". Tu penses que j'en ai trop dit, alors n'hésite pas à supprimer mon commentaire: tu es là chez toi ;-). Je ne serai absolument pas vexée, le principal c'est d'avoir échangé nos avis.
Tordue? Ne le sommes-nous pas tous un peu...
Vraiment - loin de moi l'idée de vous faire culpabiliser - et vous avez tout à fait raison de donner votre avis - vingt dieux, c'est votre blog, pas le mien ! :)))
pour l'article du Fig Littéraire, je dois dire que je suis perplexe....je crois que je n'ai pas tout compris...
allez, Laure, j'espère qu'on se rencontrera bientôt
Allez pour détendre l'ambiance, cliquez sur ce lien (pour une chanson .. euh .. "beauf" ) mais ça va réconciler tout ce joli monde qui s'exprime !!!
Donc le lien : http://www.youtube.com/watch?v=XkScg4PowJw
bon, toujours pas fait mes bagages avec tout ça moi, mais j'avais promis que j'assurerais le SAV de la critique, j'assure...
entre deux j'ai fait un cake thon oignons tomates séchées (un essai piqué dans une revue de la bib), amené 3 [contenus de] voitures à Emmaüs, refait un stock de cartons chez le déménageur sans en remplir un seul (à ce jour seuls les bouquins sont en cartons, ce qui fait quand même un certain nombre) et désormais je ne lirai plus que de la littérature étrangère comme ça les auteurs, et ben y viendront plus m'embêter ;-))) - dit celle qui n'a quasi que de la littérature française dans son stock non encartonné... Ah si, je suis aussi allée chez le coiffeur, hop, 4 cm de moins. Tout le monde s'en fout ? OK je sors.
Bon, c'est (encore!) moi. A propos du lien, si c'est tout pourri pour vous aussi, voici un autre qui est plus efficace !!!
http://www.dailymotion.com/video/x1fhf0_silmarils-va-y-avoir-du-sport_music
En revanche, je te dis bienvenue chez les Schtroumphs grognons ;-) Je disais l'autre jour, en critiquant le Harper Lee (que j'ai trouvé moyen) que cela m'arrivait souvent de ne pas être emballée par un livre aimé par tous. Je me suis donc auto-proclamée "le schtroumph grognon de la blogsphère"... Sophie a reconnu tenir un rôle similaire ;-) En tout cas, depuis tout le monde m'appelle comme ça : ouinnnnnn !! ;-p
J'espère aimer ce livre car l'auteur m'est sympathique mais si c'est le contraire, et bien tant pis, je ferai comme d'habitude, je donnerai mon avis tel quel et tu as raison de faire de même (en plus toi tu t'excuses d'avance auprès de l'auteur, tu fais bien les choses y'a pas à dire ! :D). Et je suis 100% d'ac avec Tamara (alias Schtroumph joyeux auto-proclamée ...)
Il reste le Schtroumpf sincère, ça lui convient bien :-))
je comprends cette critique mais je ne l'approuve pas: je pense que vous confondez personnage principal et auteur.
Je pense que vous attendiez de JP Blondel un récit dans lequel le personnage principal lui ressemble, or, dans ce roman, ce n'est pas le cas, loin s'en faut. Le personnage est effectivement a priori une tête à claques. Mais cette claque, il l'a prend.
A savoir s'il la méritait aussi violente ...
Le côté haïssable des autres personnages ne l'est qu'à travers ses yeux à lui ! en tant que lecteur, c'était bien insuffisant pour me faire une idée précise sur eux. En tout cas il m'était impossible de les juger, voire les cataloguer !
Bref, je pense que vous avez essayé de rentrer dans la peau du personnage principal, c'est à dire d'accepter ses valeurs et son point de vue sur les autres protagonistes. Dans l'idée que JP Blondel lui-même pouvait être ce type, donc avoir ces idées ou ces approches relationnelles. Ca, évidemment, ça ne pouvait pas marcher !
J'ai lu ce livre d'une traite avec délectation, mais surtout avec une grande distance avec les personnages au début. Le personnage principal est une tête à claque. Les autres, je ne les connaissais qu'à la fin: le point de vue de l'un n'était qu'une approche, un angle de vue biaisé.
La force de ce roman est pour moi dans le fait qu'on découvre qui sont réellement les protagonistes de cette histoire en même temps que le personnage principal le découvre et se découvre lui-même. Et ça pour moi, ça marche carrément bien !
Cordialement
Tu as quand même mis 3/5 ce qui est plus que la moyenne. Je reste persuadée que dire ou écrire la vérité est la bonne solution. Et je suis certaine que M.Blondel a très bien compris, même si cela fait de la peine.
Merci pour ce débat , vive la diversité
Je ne viens pas raviver un débat qui date déjà il y a 3 ans mais simplement comme je l'ai déjà fait pour d'autres livres, apporter mon regard. J'étais partie acheter Le baby-sitter. Ne l'ayant pas trouvé, j'ai attrapé innocemment un autre volume du même auteur. Et d'emblée, j'ai trouvé le personnage principal, Vincent, profondément antipathique, traitant avec condescendance et irrespect ceux avec lesquels ils avaient vécu, à l'exception de son ex colocataire. La finale, avec sa belle-soeur, qui se veut être un acte de rachat me paraît pitoyable et plaçant le futur enfant à naître dans un tissu de lâchetés et de mensonges.
Ayant grande confiance dans les critiques de Laure, je lirai Le baby-sitter mais j'avoue avoir été quelque peu refroidie dans ma découverte de l'auteur.
Il n'y a pas grand chose qui me choque - je crois - en littérature et en général, mais cette scène-là, la conception de l'enfant, je l'ai refusée en bloc. Inacceptable pour moi. Acte d'amour pour les personnages du roman.
Après avoir reçu l'auteur à la bibliothèque, j'ai acheté ce roman (qu'on m'avait sans doute prêté à l'époque) en promettant de le relire. J'ai relu le début, et n'y ai vu finalement qu'un personnage complètement paumé, peut-être parce que les paroles de l'auteur m'avaient encouragée à changer de regard, je n'étais plus dans le rejet violent comme lors de ma première lecture, mais non, je persiste, il faut découvrir Blondel avec "Accès direct à la plage", "passage du gué", ou ses titres pour ados.