Les jardins d’Hélène, c’est une longue histoire entre moi et … moi !
Voilà 8 ans déjà que je suis lectrice sur Internet, lectrice des dinosaures qui créèrent les journaux intimes online bien avant que les blogs uniformes voient le jour, bien avant que n’explosent tous ces bavardages trop nombreux mais uniques. Lectrice discrète je les ai suivis, j’ai parfois théorisé dans des webzines éphémères sur leur nouvelle pratique du diarisme, j’ai lu Philippe Lejeune et j’ai acheté des bouquins pour apprendre le html et autre chinois du web, je ne les ai jamais ouverts. Lectrice j’étais, lectrice je resterais. Et puis c’est la rencontre récente avec Lou (elle se reconnaîtra), ma première vraie de vraie rencontre dans un café de la ville de province du coin, qui a rallumé la petite étincelle d’envie. On a parlé de tous ces bons vieux dinosaures chers à nos yeux sur l’écran. Et puis le phénomène Clarabel est arrivé, et elle aussi, sans le savoir peut-être, par sa gourmandise de livres si bien transmise, m’a encouragée à franchir le pas.
Je ne fais pas de pari sur l’avenir, je ne signe pas de contrat de durée, j’ai choisi la catégorie livres mais je m’autoriserai des écarts, jardins de feuilles et de pages, de fleurs et de perles, mais parmi toutes choses sincères il y a celle-ci : à vous diaristes qui depuis 8 ans êtes ma petite bulle d'air, merci ... et bienvenue !
Ariane Fornia est la fille du député PS de la Drôme, Eric
Besson (aujourd’hui secrétaire d’Etat dans le gouvernement Fillon) et de l’écrivain et enseignante Sophie Brunel. En 2003, entre fin de 3ème et début de classe de 2nde, elle
se laisse aller à écrire ces quelques réflexions sur le monde qui l’entoure, soit, l’année de ses 14 ans, qui est aussi le sous-titre du livre. S’il a des airs d’autobiographie et qu’il est écrit
souvent à la manière d’un journal intime, l’auteur s’en défend et le qualifie bien de roman. Ma BDP l’a classé en 305.23 [jeunes de 12 à 20 ans, étude relative à une personne], soit un document.
Peu importe.
S’il est une chose certaine, c’est que la jeune auteure, si elle a un regard perçant sur sa qualité d’ado tapageuse au look pseudo gothique, a aussi un regard critique et lucide sur la société, la politique, l’économie, et même le couple. A 14 ans, oui. Ce n’est pas la modestie qui l’étreint car elle sait ce qu’elle veut, elle ne manque pas de confiance en soi, et adopte souvent un ton très provocant. On sourira aux scènes d’ennui quand elle accompagne son père aux diverses manifestations locales auxquelles il montre sa figure de député, on comprendra les réflexions d’une ado sur les cours au collège et le profil des enseignants, et on lui accordera d’être brillante sur certains points.
On pourra reprocher au livre un manque d’enchaînement logique, proposant davantage une suite de pensées juxtaposées, mais la forme proche du journal le pardonnera.
1er ouvrage paru en 2004, Ariane Fornia est aujourd’hui en khâgne, et a écrit deux autres livres, la Déliaison (avec sa mère) et Dernière morsure.
Denoël, mai 2004, 210 pages, prix : 15 €
Ma note : 3,5/5
Crédit photo couverture : éd Denoël