Les jardins d’Hélène, c’est une longue histoire entre moi et … moi !
Voilà 8 ans déjà que je suis lectrice sur Internet, lectrice des dinosaures qui créèrent les journaux intimes online bien avant que les blogs uniformes voient le jour, bien avant que n’explosent tous ces bavardages trop nombreux mais uniques. Lectrice discrète je les ai suivis, j’ai parfois théorisé dans des webzines éphémères sur leur nouvelle pratique du diarisme, j’ai lu Philippe Lejeune et j’ai acheté des bouquins pour apprendre le html et autre chinois du web, je ne les ai jamais ouverts. Lectrice j’étais, lectrice je resterais. Et puis c’est la rencontre récente avec Lou (elle se reconnaîtra), ma première vraie de vraie rencontre dans un café de la ville de province du coin, qui a rallumé la petite étincelle d’envie. On a parlé de tous ces bons vieux dinosaures chers à nos yeux sur l’écran. Et puis le phénomène Clarabel est arrivé, et elle aussi, sans le savoir peut-être, par sa gourmandise de livres si bien transmise, m’a encouragée à franchir le pas.
Je ne fais pas de pari sur l’avenir, je ne signe pas de contrat de durée, j’ai choisi la catégorie livres mais je m’autoriserai des écarts, jardins de feuilles et de pages, de fleurs et de perles, mais parmi toutes choses sincères il y a celle-ci : à vous diaristes qui depuis 8 ans êtes ma petite bulle d'air, merci ... et bienvenue !
Traduit de l’américain par Anne Wicke
Ils sont trois amis immigrés dans ce quartier noir et pauvre de Washington : Sépha Stéphanos, éthiopien, Kenneth le Kenyan et Joseph, le Congolais. Stepha tient une petite épicerie qui le maintient tant bien que mal en vie. L’arrivée d’une nouvelle voisine, blanche, Judith, et de sa petite fille métisse, Naomi, va bouleverser sa vie.
Ce très beau livre de Dinaw Mengestu (premier roman !) prend le temps de s’installer lentement, dans une sorte de douceur apaisante alors que les événements passés ou présents n’ont rien du bonheur. Avoir fui les dictatures africaines et mis le pied en terre d’Amérique ne garantit pas un bonheur salvateur. Ils sont là, liés par une amitié et se laissent porter par la vie, luttant avec le peu qu’ils ont.
L’écriture poétique est pour beaucoup dans la qualité de ce livre. Comme on aimerait que tout soit possible entre Judith et
Sépha ! Les passages avec la petite fille Naomi sont d’une pure beauté ! Comment deux êtres peuvent-ils s’apporter autant l’un l’autre qu’en partageant la lecture à voix haute des
frères Karamazov, un livre choisi par la petite fille pour sa longueur, pour faire durer le plaisir…
On regrettera toutefois
un peu trop de longueurs, que les passages lumineux ne suffisent pas toujours à faire oublier. Une belle découverte quand même que ce roman sur l’exil et le déracinement, d’une maturité étonnante
pour le jeune âge de l’auteur (30 ans).
Le titre est un extrait de l’enfer de Dante.
Lu dans le
cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2008, sélection romans.
Albin Michel, août 2007, 303 pages, prix : 21,50 €
Ma note : 14/20
Crédit photo couverture : éd.Albin Michel.
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