Les jardins d’Hélène, c’est une longue histoire entre moi et … moi !
Voilà 8 ans déjà que je suis lectrice sur Internet, lectrice des dinosaures qui créèrent les journaux intimes online bien avant que les blogs uniformes voient le jour, bien avant que n’explosent tous ces bavardages trop nombreux mais uniques. Lectrice discrète je les ai suivis, j’ai parfois théorisé dans des webzines éphémères sur leur nouvelle pratique du diarisme, j’ai lu Philippe Lejeune et j’ai acheté des bouquins pour apprendre le html et autre chinois du web, je ne les ai jamais ouverts. Lectrice j’étais, lectrice je resterais. Et puis c’est la rencontre récente avec Lou (elle se reconnaîtra), ma première vraie de vraie rencontre dans un café de la ville de province du coin, qui a rallumé la petite étincelle d’envie. On a parlé de tous ces bons vieux dinosaures chers à nos yeux sur l’écran. Et puis le phénomène Clarabel est arrivé, et elle aussi, sans le savoir peut-être, par sa gourmandise de livres si bien transmise, m’a encouragée à franchir le pas.
Je ne fais pas de pari sur l’avenir, je ne signe pas de contrat de durée, j’ai choisi la catégorie livres mais je m’autoriserai des écarts, jardins de feuilles et de pages, de fleurs et de perles, mais parmi toutes choses sincères il y a celle-ci : à vous diaristes qui depuis 8 ans êtes ma petite bulle d'air, merci ... et bienvenue !
Voici une auteure belge francophone dont je n’avais jamais entendu parler, et son dernier roman (pour adolescents, mais pas seulement), m’a été conseillé par Nicoletta. Nicoletta n’a pas de blog, mais elle est fidèle lectrice de ces jardins, et j’ai eu l’occasion de la rencontrer au Salon du Livre de Paris il y a quelques semaines car elle est aussi jurée cette année pour le Grand Prix des Lectrices de Elle.
Une bien belle découverte donc, surprenante, touchante.
Anna et Paula sont deux sœurs que deux petites années séparent. C’est Paula, la plus jeune des deux (14 ans), qui nous raconte
l’histoire.
Tout commence à la mort de son grand-père, âgé, aphasique, euthanasié par sa grande sœur, à la demande de ce dernier. J’avoue que là, nous Français pas encore très clairs sur cette question de
l’euthanasie active, on tique un peu. Retour en arrière : Anna et Paula, alors respectivement âgées de 8 et 6 ans, jouaient à la poupée quand Paula a basculé. Anna a perdu l’équilibre.
Toutes deux ont chuté dans l’escalier. Si Paula s’en est tirée avec une vilaine bosse, Anna est restée handicapée, aphasique, ne pouvant que très peu s’exprimer verbalement. Après l’accident,
leur mère a tout arrêté pour se consacrer à la rééducation de sa fille.
Paula souffre beaucoup de ne plus se sentir exister pour sa mère, tout ne tourne qu’autour d’Anna, son quotidien, sa différence. Mais quand il s’agit d’éviter à Anna d’aller en centre psychiatrique pour calmer le jeu du côté de l’enquête sur l’euthanasie du grand-père, Paula, qui a appris avec le temps à comprendre le fonctionnement de sa grande sœur, se fait passer pour elle.
Et ce sont là les pages les plus troublantes du roman. Cet univers psychiatrique que l’auteur décrit à merveille, empreint d’humanité incomprise. Paula ressortira transformée de cette expérience. (Là aussi, un peu surprenant pour le lecteur, mais on joue le jeu d’y croire).
Roman sur le handicap, la différence, la vie qui continue, le sentiment d’abandon d’une petite fille par sa mère que la sœur différente accapare, la culpabilité d’être à l’origine de l’accident, et puis dans tout cela, des préoccupations bien légères d’adolescentes râleuses et du positif : les garçons, le premier amour, les profs, les cours, Anna qui réussit à vivre seule, sortir, travailler...
Vraiment, un roman touchant sur un sujet pas si courant, et bien cerné, humainement et
respectueusement décrit par son auteur. Un univers que l’auteur a approché en travaillant comme ergothérapeute dans une institution psychiatrique, avant d’écrire et d’animer des ateliers
d’écriture.
(Merci Nicoletta pour ce conseil !)
Mijade, fév. 2008, 212 pages, prix : 9 €
Ma note : 4/5
Crédit photo couverture : © Guy Servais et éd. Mijade
Commentaires