Mardi 6 avril 2010
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Traduit de l’italien par Dominique Vittoz
p. 12 : « Voilà, Irene, ma fille, mourait ou naissait, je n’ai
pas très bien compris : pendant quarante jours, ces mots ont désigné un seul et même état. Inutile d’interroger le corps médical, on me répondait : « Personne ne peut savoir,
madame. » »
Maria, quarante deux ans et un paquet de cigarettes par jour depuis sa majorité, donne naissance à une petite fille, Irene, plus tôt
que prévu : bien trop tôt, au bout de six mois de grossesse seulement. Le père s’en est allé dès la première échographie. Personne ne peut savoir si l’enfant vivra, ce temps passé dans les
services de réanimation néonatale est un temps suspendu, un temps où Maria ne fait rien d’autre pendant quarante
jours que de passer onze heures par jour à regarder la couveuse de sa fille. Elle qui donne des cours du soir en grammaire et littérature dans un centre pour adultes, étrangers ou ayant besoin
d’obtenir le diplôme du brevet des collèges, elle qui raconte aussi comment elle a tout fait depuis son enfance pour être bonne élève, s’élever, sortir de la condition sociale difficile de ses
parents. « Vivre au jour le jour et espérer dans l’avenir », elle ne peut plus faire grand-chose d’autre aujourd’hui.
L’autre présence forte du livre, c’est la ville de Naples, quittée dans l’enfance pour une petite
ville plus tranquille, puis retrouvée, le va et vient constant entre l’enfance et sa vie d’adulte, ses relations avec ses collègues de travail et ses élèves adultes. Maria n’en oublie jamais tous
ceux qui l’entourent, mères compagnes d’infortune, médecins, tous ont une place, parfois lancinante au sein du récit.
p. 60 : « […] soudain, le moniteur
lançait une plainte continue et on voyait entrer des blouses blanches qui nous pressaient sans ménagement de quitter les lieux. En deux secondes, nous étions de retour sur les banquettes, le
visage entre les mains. Puis passait un berceau en Plexiglas opaque, ouvert, où il était sans importance qu’entre de l’air ou de l’oxygène. La taille était standard, couveuse ou
cercueil.
Nous avons côtoyé la mort, celle que les
soldats découvrent à la guerre.
Je l’ai appelée parfois de mes vœux, pour
qu’elle mette un terme à l’angoisse, qu’elle arrive claire et reconnaissable, balayant doutes et hésitations.
Et cette pensée cohabitait avec
l’espoir. »
J’ai découvert avec ce roman de Valeria Parrella une écriture forte et nouvelle, exigeante
et simple à la fois. Sans jamais verser dans la sensiblerie, l’auteur réussit très bien ce récit du temps arrêté, suspendu, entre la naissance prématurée et le temps du retour à la maison,
sans jamais de défaire de l’environnement extérieur. Ce temps qui ne se termine pas toujours bien pour tous. J’ai aimé cette façon de « dire », solitude intérieure unie à son
entourage, et suis curieuse de découvrir d’autres textes de l’auteur, qui a publié un recueil de nouvelles traduit en 2009 notamment : le ventre de Naples.
Merci à Suzanne de
et aux éditions du Seuil de m’avoir fait découvrir cet auteur !
Seuil, coll. cadre vert, avril 2010, 154 pages, prix : 16.50
€
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Crédit photo couverture : © Ricardo Demurez / Trevillion Images / et éd. du
Seuil
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