Les jardins d’Hélène, c’est une longue histoire entre moi et … moi !
Voilà 8 ans déjà que je suis lectrice sur Internet, lectrice des dinosaures qui créèrent les journaux intimes online bien avant que les blogs uniformes voient le jour, bien avant que n’explosent tous ces bavardages trop nombreux mais uniques. Lectrice discrète je les ai suivis, j’ai parfois théorisé dans des webzines éphémères sur leur nouvelle pratique du diarisme, j’ai lu Philippe Lejeune et j’ai acheté des bouquins pour apprendre le html et autre chinois du web, je ne les ai jamais ouverts. Lectrice j’étais, lectrice je resterais. Et puis c’est la rencontre récente avec Lou (elle se reconnaîtra), ma première vraie de vraie rencontre dans un café de la ville de province du coin, qui a rallumé la petite étincelle d’envie. On a parlé de tous ces bons vieux dinosaures chers à nos yeux sur l’écran. Et puis le phénomène Clarabel est arrivé, et elle aussi, sans le savoir peut-être, par sa gourmandise de livres si bien transmise, m’a encouragée à franchir le pas.
Je ne fais pas de pari sur l’avenir, je ne signe pas de contrat de durée, j’ai choisi la catégorie livres mais je m’autoriserai des écarts, jardins de feuilles et de pages, de fleurs et de perles, mais parmi toutes choses sincères il y a celle-ci : à vous diaristes qui depuis 8 ans êtes ma petite bulle d'air, merci ... et bienvenue !
Avec Frère et sœur,
Patrice Juiff nous avait déjà montré combien il était maître dans l’art du roman sombre et douloureux, violent mais pourtant attachant à l’égard des personnages. Dans Kathy, il reproduit
toute cette horreur qui sera toutefois là encore sublimée par l’amour.
Kathy a 3 ans lorsque sa mère l’abandonne. Adoptée par une famille aimante, elle n’aura de cesse de revenir vers sa famille de sang, dès sa majorité venue. Une famille où règne la misère tant sociale qu’intellectuelle, une famille où l’amour, qu’il soit marital, paternel ou fraternel ne se traduit que par les coups, la violence, le viol, l’inceste. On ne cesse de se demander pourquoi Kathy revient supporter les humiliations et la maltraitance qu’ils lui infligent, pourquoi dans son immense gentillesse elle leur donne tout et en demande encore. Court-on vers une vengeance finale ? (C’est l’hypothèse de lecture qu’on est tenté de faire, mais non…)
Des phrases courtes encore, comme dans Frère et sœur, des situations à peine soutenables, et pourtant on comprend Kathy, on perçoit ici ou là un peu d’amour maternel et l’on s’attache à ces personnages sur le fil. Dans l’horreur éprouvante il y a la rédemption finale, toute relative, mais ô combien revigorante pour le lecteur, heureusement.
D’une force et d’une violence inouïe, Patrice Juiff nous prouve une fois encore avec brio que les mots à eux seuls sont déjà assassins.
Albin Michel, août 2006, 245 pages, prix : 16 €
Ma note : 4,5/5
Crédit photo couverture : éd. Albin Michel.
Commentaires